MARINETTE CUECO, TISSER LE SILENCE


Entrelacs, 2019. Jonc capité et bris d’ardoises. © David Cueco
Entrelacs, 2019. Jonc capité et bris d’ardoises. © David Cueco

Pour sa réouverture, l’église de Salagon, église romane transformée en espace d’exposition temporaire, accueille en ses épais murs de pierre les œuvres délicates de la plasticienne Marinette Cueco, née en 1934. Herbiers, entrelacs, jardins de pierres captives, tressages de végétaux mélangés à de la terre et de la tourbe : l’exposition Jardin silencieux présente un choix d’œuvres variées de « l’artiste botaniste », un riche aperçu de ses différentes périodes de création et de la diversité des techniques et matériaux employés au cours de sa carrière qui débuta dans les années 1960.


Attentive aux plus petits détails, Marinette Cueco retranscrit en des compositions minutieuses de graines, pétales, feuilles, tiges et pierres ses longues promenades dans la nature. Des agencements qui témoignent d’une véritable démarche de vie dans laquelle l’observation patiente et les impressions de l’artiste viennent enrichir un rapport intime aux plantes né dans l’enfance : « Ce que je fais résulte plutôt d'une manière d’être que d’un apprentissage. Ma relation à la nature vient de mon enfance à la campagne et de mon intimité avec les minéraux et les végétaux. Ma mère avait un don pour les jardins, mon père connaissait les forêts en expert et chez moi on nommait les plantes par leur nom, leur vrai nom. »


Dépassant le regard purement scientifique, l’artiste fait jaillir à force de patience et de travail des propositions esthétiques d’une rare finesse. Saturées de tendresse, les compositions de Marinette Cueco sont les traces des gestes simples, répétitifs et méditatifs de ses infinies séances de tissage et de tressage. Promenade, récolte et collection de feuilles rassemblées en herbiers imaginaires, réalisation d’assemblages de pierres et de tiges font ressortir la puissance et la beauté de chaque élément, du plus solide au plus fragile. Tableaux géométriques tissés avec des fibres de joncs, tapis tressés matérialisent le souvenir d’un dialogue silencieux, en tête à tête avec la nature.


La très belle série des Entrelacs (2019), dans laquelle des bris d’ardoises sont enserrés dans des toiles de jonc accrochées au mur, procure une sensation paradoxale : si elle frappe d’abord par la dualité qu’elle exprime entre la fragilité du végétal et la dureté de la pierre, il apparaît ensuite que c’est le réseau de fils de joncs qui confère à l’ensemble sa solidité, accordant à l’ardoise un moment de légèreté suspendue.


La vidéo de la Fondation Villa Datris diffusée dans l’église témoigne de la concentration extrême de l’artiste au travail, du soin qu’elle apporte à ses matériaux fragiles, de la surnaturelle dextérité de ses mains nues qui semblent ne jamais s’arrêter de tisser.


Une exposition qui entre en résonance avec la beauté du monument du XIIe siècle, les vitraux d’Aurélie Nemours mais aussi les jardins ethnobotaniques de Salagon, où se retrouvent certaines plantes des herbiers de Marinette Cueco.


Jusqu’au 30 septembre 2021 • Salagon, Musée et jardins • www.musee-de-salagon.com