« LA QUÊTE DE CE QUE J’AI ENVIE D’ÊTRE PASSE PAR LA QUÊTE DE CE QUE J’AI ÉTÉ », MASSINISSA


© 2021 Arkane Art
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Artiste multiple, Mennad Massinissa est né de parents algériens en 1993, a grandi en Provence et vit maintenant à Montpellier. Pratiquant l’écriture et la musique depuis son plus jeune âge, il enregistre son premier EP solo en 2018 et réalise ses propres clips. En résidence à l’Hôtel d’Astier, il y développe une performance musicale, poétique et dansée, inspirée par la culture berbère.

COMMENT A DÉMARRÉ LE PROJET 360 ?

Je suis entièrement autodidacte, je pratique plusieurs instruments – guitare, clavier, clarinette et voix – j’écris les textes, je compose la musique et je l’enregistre moi-même. Jusqu’à la crise du Covid-19, je travaillais comme médiateur pour des salles et je passais mon temps à voir des spectacles de toutes sortes, qui ont forgé mon regard. Le projet 360 est un spectacle pour trois interprètes, avec deux danseuses contemporaines, Fanny Momier et Zoé Vindimian. Je veux créer un format simple, léger, plutôt conçu pour une scène de théâtre, mais qui peut se jouer partout. L’esprit de 360 est de mêler le jeu d’acteur, le mythe, le conte, la musique et la danse. Il s’agira d’un spectacle hybride, d’une performance mosaïque, qui rassemblera beaucoup d’influences. Un voyage à travers la culture berbère, le monde occidental et ma propre trajectoire intérieure. Le fil rouge sera un texte chanté, en français.


QUELS SONT LES IMAGINAIRES QUI VOUS NOURRISSENT ?

Mon nom de scène, Massinissa, est le nom que j’aurais dû porter si mes parents n’avaient pas finalement choisi Mennad, plus simple. C’est le nom d'un roi numide berbère de l’Antiquité. Il a unifié un empire qui s’étendait du Maroc à la Libye. Mes deux parents sont kabyles mais je n’ai jamais appris leur langue. Je suis né en France et mon rapport à ma culture d’origine est reconstruit par mes lectures, mes souvenirs et mon imagination. Pour ce spectacle, j’ai demandé à ma mère d’écrire un texte en kabyle et de me l’apprendre. Elle a écrit ce refrain : « Mère, explique-moi la langue de mes aïeux, je la chanterai ». Je suis à un moment où je cherche à construire mon parcours personnel, après avoir participé à de nombreux projets collectifs. C’est vers l’histoire de mes ancêtres que je me tourne, dans l’exploration d’une culture d’origine que je me réapproprie librement. Je suis en train d’écrire l’histoire d’un prince déçu et révolté. Mais le spectacle sera aussi nourri de textes littéraires issus de divers horizons : L’Exode de Benjamin Fondane, Enivrez-vous de Charles Baudelaire, ou encore Nadja d’André Breton font partie de ceux que j’ai envie de réciter sur scène.


QUELLE ESTHÉTIQUE EST-ELLE EN TRAIN D’ÉMERGER DE VOS RECHERCHES ?

Un certain éclectisme, la construction de symboles qui ne renvoient pas à des significations figées. Le maquillage sur mon visage reprend les tatouages traditionnels des femmes berbères. Une amie a fabriqué pour moi des boucles d’oreilles à partir de dessins que j’avais faits, inspirés du tifinagh, l’alphabet berbère. La couronne de fleur évoque la douceur et le côté princier. Je glane ici et là des objets, comme le bracelet que je porte, trouvé derrière mon canapé, le costume ethnique déniché dans une fripe, ou la bague ronde gravée de signes berbères découverte par hasard dans une brocante une semaine après en avoir rêvé... Mais je mélange cela avec des attributs du monde moderne. Il s’agit d’une performance en construction, qui va s’enrichir au cours du travail en résidence et de la collaboration avec les danseuses.


360 in Progress, performance suivie d’une dégustation préparée par le chef Valentin Villanove 21 mai à 17 h 30 Sur réservation (20 €) Hôtel d’Astier, Forcalquier www.hotel-dastier.org