« JE M’ENTRAÎNE À OBSERVER LA MAGIE AUTOUR DE NOUS », SOLAL FAYET


© Solal Fayet, photo argentique, 30 x 45 cm, 2019
© Solal Fayet, photo argentique, 30 x 45 cm, 2019

Solal Fayet est un photographe de 24 ans originaire de Forcalquier, qui mène une vie semi-nomade. Il présente ici une de ses photographies, prise sur l'île de May, en Écosse.

Pourquoi le choix du procédé argentique ?


J’ai commencé à faire de la photo argentique parce que j’ai trouvé un vieil appareil chez moi qui appartenait à mon père. L’argentique est très différent du numérique. En termes de pratique, comme il y a un nombre limité de photos dans la pellicule, cela demande une grande concentration, des réglages précis, et donc de s’ancrer dans le moment que l’on est en train de vivre. Cela oblige à se concentrer sur ce que l'on fait et à réfléchir au regard que l’on porte sur les choses. Concernant le rendu, l’argentique donne un grain, une matière, que le numérique a plutôt tendance à aplatir. Racontez-nous la prise de cette photo.


J’étais sur l'île de May, en Écosse, dans une réserve naturelle. C’est un endroit féérique avec une grande biodiversité, des oiseaux qui volent partout. J’avais l’impression d’être sur une autre planète, il y avait une atmosphère particulière. Cette photo m’a pris beaucoup de temps, parce que faire le portrait d’un macareux est compliqué, ils sont tout petits – environ trente centimètres. J’ai dû mettre une demi-heure pour arriver à cinq mètres de l’animal. Il faut ramper doucement vers lui, l’apprivoiser, voir comment il réagit. Je capture un moment avec l’animal qui est éphémère et intense. Que vous évoque cette photo ?


D’abord, il y a une étrange mélancolie qui se dégage du macareux. Il semble qu’il sourit et qu’il est triste en même temps. On dirait un clown triste. C’est un mélange d’oiseau exotique et de pingouin volant. Je n’avais pas l’impression que cette créature était réelle. Ensuite, il y a la composition et les couleurs : la mousse verte au premier plan, l’oiseau au milieu et le gris-bleu de la mer au fond. Quand on prend des photos d’animaux dans leur environnement, les couleurs s’accordent naturellement. C’est rare qu’un animal n’aille pas bien avec son milieu naturel. Je retrouve la magie de l’Écosse, où les couleurs sont saturées, toujours entre soleil et pluie. Je fais des photos pour m’entraîner à observer la magie autour de nous. Prochaine exposition à Lyon (Le Bieristan, Villeurbanne) au mois de décembre 2020.

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