GÉOMÉTRIE DU DÉSIR

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret, 2020


photo : Pascal Chantier - Moby Dixk films
photo : Pascal Chantier - Moby Dixk films

Maxime tourne en rond dans sa vie. Il raconte à Daphné, la compagne de son cousin François, le triangle amoureux dont il vient de s'échapper. Entre son meilleur ami Gaspard, sa copine indécise Sandra, et lui, c’était la quadrature du cercle. Il a fini par sortir de l’équation. Pourquoi tombe-t-il toujours amoureux de celles qui sont déjà prises ?


Les déboires de Maxime illustrent parfaitement la théorie du désir mimétique de l'anthropologue René Girard. Je désire ce qui m'est indiqué comme désirable par un tiers, soit parce qu'il le possède, soit parce qu'il le désire. Le désir n’est donc pas une ligne droite d'un sujet à un objet, mais passe par un troisième terme médiateur. En somme, le désir est toujours imitation du désir d'un autre auquel on souhaite inconsciemment ressembler. Si ce phénomène est assez facilement observable entre les enfants dans les bacs à sable qui se disputent le même jouet, il est ensuite refoulé à l'âge adulte où chacun est persuadé d'être à l'origine de son désir.


Là où le film d’Emmanuel Mouret s'éloigne des idées de René Girard, c'est que jamais la convergence des désirs ne mène à une rivalité égoïste et violente. Au contraire, ses personnages tentent avec une grande délicatesse d'éviter à chacun la souffrance. Ils développent des trésors d’imagination, de réflexion, de manigances pour s’assurer que personne ne soit blessé. Leurs discours hésitants sont animés par le souci de prendre en compte leur propre désir tout en évitant de faire du mal à l'autre.


Emmanuel Mouret filme avec empathie les incertitudes de ces femmes et ces hommes qui font l’effort de formuler leurs propres principes de vie, et esquissent des tentatives, certes maladroites mais jamais malhonnêtes, de vivre leur amour par-delà les normes conventionnelles de la fidélité.


Quand son trouble devient trop grand, Daphné, enceinte de François, déclare à Maxime : « On peut montrer son désir sans vouloir le vivre. C'est pas grave, je suis tout de même très heureuse de t'avoir croisé. » On ne peut douter de sa sincérité. Quelques minutes après, elle l'embrasse et ils passent la nuit ensemble. Les personnages d’Emmanuel Mouret dévoilent nos contradictions d’êtres désirants sans jamais les condamner. C'est dans l'interstice entre les choses qu'ils disent et les choses qu'ils font que se mesure leur éblouissante fragilité.