DAVID HALFON, EN CONVERSATION AVEC LA PIERRE


Constellation, marbre de Sienne, hauteur 30 cm, 2020. Plus de photos sur Instagram et lafulgurante.fr.
Constellation, marbre de Sienne, hauteur 30 cm, 2020.

Au rythme des saisons, au fil de ses explorations, le sculpteur guatémaltèque né en 1972 va chercher des blocs de marbre aux quatre coins du monde pour les travailler dans son atelier, installé au milieu de la garrigue près de Forcalquier. Rencontre en plein air autour de l’acte de création en général et de son œuvre Constellation en particulier.


Pourquoi avez-vous choisi le marbre ?

C’est plutôt le marbre qui m’a choisi. Dans la sculpture, il existe deux matériaux nobles : le marbre et le bronze, mais ce dernier n’allait pas avec ma personnalité. J’étais attiré par le côté romantique du marbre et par l’idée de la pièce unique. Le romantisme s’arrête cependant quand j’allume la machine et que je commence à travailler. Je réalise alors un véritable effort physique qui engage mes mains et mon corps entier. À chaque fois que je frappe la pierre, elle me frappe en retour. Il y a un échange avec le matériau, une conversation avec la pierre. Je veux donner une voix contemporaine à un matériau classique, qui a déjà une longue histoire, notamment avec les artistes italiens. Et puis, il s’agit d’une pierre qui est là depuis des millions d’années. J’aime ce lien avec la nature et avec le temps.


Quels sont vos gestes et procédés de création ?

Cela commence par le fait d’être assis pendant très longtemps à regarder mes pierres et à réfléchir aux centaines de possibilités. Au bout d’un moment, quelque chose se déclenche instinctivement en moi, qui me pousse à saisir la machine et à couper. Dès que l’on prend une décision avec le marbre, c'est définitif. Et souvent, ça ne marche pas ! Je découvre alors de nouvelles choses. Il s’agit d’une recherche. Si je répétais toujours le même geste, ce serait de l’artisanat.

Ce travail n’est pas agréable : il y a beaucoup de bruit, de poussière, je dois porter un masque, un casque et des gants. J’ai besoin d’une concentration assez aiguë. Mais quand je commence à travailler, je ne peux plus m’arrêter, c’est addictif. Je termine fourbu et recouvert de poussière. Une fois la forme sculptée, il y a un long travail de polissage pour obtenir quelque chose de doux, et faire sortir la couleur de la pierre. Je ponce la pierre avec de l’eau afin que les pores se resserrent et laissent apparaître la couleur comme par magie. On pense souvent au marbre blanc, mais il existe des marbres rouges, jaunes, bleus, noirs... Parlez-nous de votre sculpture Constellation.

Elle est faite de plusieurs morceaux séparés qui sont recomposés et forment une harmonie. Les failles entre les trois morceaux laissent passer la lumière à travers la pierre. Je cherche à rendre la pierre plus légère, à lui enlever son poids psychologique. L’air fait entièrement partie de l’œuvre. Par ces failles, elle prend vie, elle prend du volume. De face, on voit les éclats partant du centre, qui ressemblent à des constellations. Mais il y a aussi toutes les autres facettes de la sculpture. Elle peut être tournée et regardée de tous les côtés. On voit alors par exemple comment j’ai éclaté la pierre pour en trouver le cœur, avec toutes les irrégularités qui apparaissent spontanément, sans mon contrôle. Ce geste d’éclatement est devenu une partie importante de mon processus. Dans cette sculpture, on peut voir une image de la famille, que symbolise pour moi le chiffre trois. La couleur de la pierre dégage une véritable chaleur, elle évoque le soleil.


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